Centrafrique : Budget 2016, quand Hassan Abdallah Cadre se moque du monde

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Hassan Abdallah Cadre

 

Mag1Magloire Lamine
Economiste centrafricain

Depuis des décennies, la présentation du Budget national centrafricain relevait du comique, voire de l’utopie, étant entendu que de fonds propres, la Centrafrique n’en dispose pratiquement pas, contrainte de s’en remettre à la mendicité internationale. Ce que ne niait pas François Bozizé lui-même lorsqu’il était au pouvoir. Ses déplacements à l’ambassade de France pour supplier la France de boucler ses fins de mois étaient connus.

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DU COMIQUE AU RIDICULE

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Le 11 Novembre dernier, très pompeusement devant la presse, le ministre des Finances, Hassan Abdallah Cadre présentait le projet de budget 2016 de la République Centrafricaine. Allant jusqu’à arguer que s’élevant en recettes à 210 milliards de F CFA, il serait en progression de 25% par rapport au budget de l’exercice 2015.

Comble du rigolo, en dépit d’un déficit abyssal, les dépenses augmentent de 13,5%, soit 250 milliards de F CFA.

Note passée inaperçu, le ministre toutefois de préciser qu’il faudra une mobilisation des ressources extérieures à hauteur de 48.2 milliards.
Le ministre oubliait tout simplement de préciser que les recettes de l’Etat durant les 12 mois passés ont drastiquement chuté de plus de 85%. La situation de crise dans le pays étant, les services de collecte des impôts sont à marée basse. La compensation depuis deux années se fait par une surpression fiscale sur les rares entreprises actives dans le pays, et essentiellement basées à Bangui.
Aux forces de l’Etat, se sont substituées les milices armées dans les provinces, Anti-Balaka et Séléka, prélevant les impôts sur les populations et les entreprises pour leurs propres comptes. La chose est aisée, l’ETAT n’existe pas dans les provinces centrafricaines, ou si peu… Un point vital que ni la MINUSCA, ni la SANGARIS n’ont jugé utile de combattre pour sécuriser, et pourtant….
A partir de là, les recettes de l’Etat n’entrant pas, sur quelles bases le ministre des finances s’appuie-t’il pour élaborer son budget ?
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Quelles sont les ressources propres de la République centrafricaine ?

.L’année dernière, la RCA comptait sur déjà, seulement 62 milliards de recettes internes, et en final, uniquement 24 milliards rentreront dans les caisses du Trésor, essentiellement via des taxes douanières. A noter que depuis 2013, dans le classement du FMI, la RCA est considéré comme le plus pauvre au monde.

Un (PIB) Produit intérieur brut qui plonge, de 25 à 50 %, selon des estimations en cours pour 2015.

L’année dernière, la France fut mise à contribution pou combler les déficits apparents, ceux uniquement du fonctionnement de la machine Etatique. Les arriérés des salaires des fonctionnaires, déjà depuis 20 ans ne sont jamais pris en compte. Et pourtant, c’est entre 20 et 36 mois d’arriérés de salaires que subissent les fonctionnaires en RCA. Les bourses ne sont pas payés aux étudiants, nonobstant une restriction des conditions d’accès. Les étudiants centrafricains à l’étranger crient famine, et le budget ne prend pas ce problème prégnant en compte.

Le tour de passe passe du ministre des finances ne s’arrête pas là. Ainsi, lit-on la création d’une Taxe spéciale de solidarité (TSS) destinée à alimenter un fonds de solidarité nationale. Qui va payer ? Comment la prélever ? Mystère et boule de gomme.

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PATHETIQUE AVEU

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Hassan Abdallah Cadre de le reconnaître, “ce budget 2016 dépend du rétablissement de la sécurité et de la paix, et le renforcement de la justice et la relance économique dans le pays.”
Précisant encore que “ce budget prend en compte le retour à l’ordre constitutionnel avec la mise en place des institutions républicaines. [..] et que, déficitaire, le budget de l’année 2015 a été essentiellement soutenu par les aides extérieures qui ont permis de faire face aux dépenses de souveraineté de l’Etat telles que les salaires des fonctionnaires.”

Ce qui en passant est faux ! Les dépenses régaliennes de paiement des salaires ne prirent en compte qu’entre 3 et 6 mois de retard des salaires dûs. Et pas les mois et les mois passés impayés.

Et voici la RCA à ne compter que sur les recettes douanières de “l’espèce e voie sacrée”, le corridor Bangui-Douala. Sauf que, depuis 2 ans, ça ne rentre plus qu’à 55% les Anti-Balaka et les Séléka ont fait le reste à leur profit.

Conclusion, les ministre des finances passent en RCA, les trompe-l’œil perdurent.

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Observatoire Centrafricain Economique Et Social – Décembre 2015

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